L’exception culturelle : la Madamin’

Arrivée à ce point du blog, il me faut apporter des éclaircissements, notamment pour les nouveaux venus à Turin, sur une figure emblématique du lifestyle torinese, légèrement évoquée jusqu’alors : la Madamin (Madamina), c’est-à-dire petite Madame en Piémontais.

Qui désigne-t-on sous cette appellation d’origine contrôlée ?

Initialement, le terme Madamina, utilisé seul, permettait de s’adresser correctement à une femme jeune dont on ne connaissait pas le nom de famille, à la différence du terme Madama destiné à une dame plus âgée. Lorsqu’utilisé avec le nom de famille, il permettait de distinguer la jeune épouse (Madamina) de sa belle-mère (Madama) qui portait de fait le même nom. Aujourd’hui, évidemment on ne s’adresse plus aux dames par ce terme.

Mais un concept est resté, qu’en tant que regard extérieur j’ai appréhendé comme suit.

Oubliez ici la classe sociale : le concept de Madamin’ n’y est pas lié. Peut être Madamin’ une employée de bureau, une gardienne d’immeuble ou une dame bourgeoise de la Crocetta ou de la colline.

On peut en observer dans tous les quartiers de la ville, partout et à toute heure du jour et de la nuit ! Il m’est arrivé d’en croiser des noctambules, traversant la chaussée toutes vigoureuses, alors que personnellement je tombe de fatigue dès minuit passé et mets deux semaines à me remettre d’une soirée se terminant à une heure du matin. Les mêmes specimens sont à pied d’oeuvre le lendemain au marché, dès potron-minet, pour acheter leurs légumes – caffeine please.

Alors à quoi donc reconnaît-on la Madamin’ ?

A des subtilités.

D’un âge certain, ou pas, toujours bien mise, correcte et discrète, sac à main de rigueur, lunettes de soleil le cas échéant, chapeautée et gantée l’hiver (car toujours prévoyante et adaptée à la situation), canne selon la génération, on peut en effet être Madamin’ très jeune ; souvent par deux, voire trois – mais qu’ont-elles fait de leurs éventuels maris ? je me le suis toujours demandé ; ne résistent-ils pas à l’usure ou alors sont-ils dans les groupes Anziani che guardano i cantieri ? (voir les réseaux sociaux).

Street Madamin’
  • Connaisseuse, elle sait les lieux de qualité.

Si vous en notez devant un commerce de bouche, un café ou un restaurant, n’hésitez pas, c’est là qu’il faut aller. D’ailleurs vous remarquerez qu’elle sait se faire du bien, elle ne se refusera jamais une bonne merenda, un petit aperitivo ou un repas au restaurant.

  • A l’avant-garde, elle est également de toutes les expositions et manifestations ; elle est au courant de tout.

Elle est désormais dotée de nouvelles technologies, téléphone portable et autres aïfon.

Tout ce qui est nouveau, elle essaie, quoi qu’elle en dise. Ainsi par exemple en 2006, peu de temps avant l’inauguration du métro, une Madamin’ interviewée par le journal télévisé régional décrétait « Io, sotto terra, mai! » ; une semaine après la mise en fonction dudit métro, le présentateur de ce même journal dut préciser qu’il serait aimable, de la part des « personnes » qui empruntaient les escalators du métro sans marcher, de se positionner sur la droite afin que celles, pressées, qui les gravissaient, puissent les doubler ; ainsi, malgré ses réticences déclarées, la Madamin’ avait accaparé, dès son ouverture, ce moyen de locomotion ultra moderne.

Connected Madamin’
  • Enfin, à l’image de Turin, elle est résistante à tout, voire rebelle.

Elle n’a pas hésité récemment à descendre manifester dans la rue pour défendre sa conception de la ville.

Elle traverse en général la route, parée de tous ses accessoires (manteau, chapeau, canne, sac à main, lunettes de soleil et maintenant masque – quel est le champ de vision avec tout cela ? je ne sais pas) méthodiquement en diagonale, en dehors de tout passage piéton. Elle peut émerger subitement d’entre les voitures, vous obligeant à freiner de toutes vos forces au dernier moment.

Et ne vous hasardez pas à lui faire gentiment remarquer « Mi scusi, Signora, (c’est vous qui vous excusez en plus) ma deve fare attenzione, è in mezzo alla strada, il semaforo è rosso per lei », c’est elle qui vous réprimandera vertement.

J’ai ainsi pu voir une fois un motard, aux commandes de son énooorme Harley Davidson, qui faisait gentiment noter à notre phénomène – à cette occasion accompagnée de son Monsieur – qu’elle traversait alors que le piéton était rouge, se faire enguirlander comme pas deux. Pas impressionnée.

Extraordinaire. J’adore.

Madamin’ gang (Quand elles arrivent en ville…)

Tout un état d’esprit. En fait, l’esssence même de Turin, classique en apparence, anticonformiste, résistante à tout.

Mais, quelque part finalement, n’est-elle pas aussi une figure internationale ? Ne fait-elle pas écho à l’élégante nonchalante Parisienne qui se gare en double file pour acheter une nouvelle paire de collant ou à la mémé toulousaine qui aime la castagne évoquée par Nougaro dans sa chanson Toulouse ? N’est-on pas toutes, Mesdames, un peu Madamin’ intérieurement ?

Pour moi, en tout cas, c’est une ambition.

Madamin’ en devenir

2 commentaires sur “L’exception culturelle : la Madamin’

  1. Quelle belle image iconique de ces dames turinoises. Il m’a plu, à la lecture de cet article, y voir ma grand-mère, parisienne pure souche par ailleurs. J’aime à l’image italienne en tous cas… Madamin’ dans mon coeur. Merci!

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