Ma prima un caffè!

Allons-y, commençons ! But first coffee évidemment !

En Italie, tout commence par un café, obligé. Vous sortez de chez vous, il faut d’abord prendre un café. Vous allez travailler, il faut d’abord aller prendre un café – vous êtes déjà en retard mais vous l’êtes encore plus car vous prenez un café, « Oddio questo traffico! » dîtes-vous en arrivant au bureau. Vous partez en vacances et avez 1000 kilomètres d’autoroute à parcourir devant vous, il faut d’abord s’arrêter à la première station-service après le premier péage à la sortie de la ville pour prendre un café ; après tout il ne reste plus que 990 kilomètres à faire…

« Avant toute chose, Dieu créa le café. Sinon il n’aurait pas réussi à faire tout le reste ».

(Veuillez m’excuser pour la qualité de l’image, mais celle-ci, je l’ai vraiment attrapée au vol devant un bar de la ville.)

Inconcevable donc de commencer la journée sans d’abord aller au bar prendre un café vite fait (de ce point de vue là, le confinement a été terrible).

Alors c’est vrai, au début, quand on arrive en Italie, en tant que jeune fille de bonne famille française, on se dit « Mais, grand Dieu, Marie-Amélie, tu n’y penses pas, tu ne vas pas aller au PMU du coin, boire un café, toute seule, comme une gourgandine ! »

Eh bien si, on va aller s’en jeter un !

Les premiers temps, la Marie-Amélie qui est en vous, commande timidement son café « un caffè normale, per favore » ; au bout d’un mois, le serveur commence à vous connaître et, vous voyant assise à une table, vous pose la question « un normale, Signora? » (ou « Signorina » si vous avez de la chance, un serveur flatteur ou une bonne crème antirides) ; au bout de deux, vous posez à peine un pied dans le bar que votre caffè normale vous attend déjà à votre table. Et ensuite, si un jour, par malheur, votre café n’y est pas au moment de vous asseoir : « Diable, ben alors, il est où mon café ? » Marie-Amélie n’existe plus, elle est sortie de ce corps, elle va au café avant de commencer sa journée. Adaptation socio-culturelle.

Et c’est ainsi qu’à 8h30 le bar en face de l’école est rempli de mamans gourgandines. Un joyeux bazar (joyeux bordel, faut bien le dire) où se mêlent les conversations les plus diverses, des préoccupations familiales jusqu’à la dernière couleur de cheveux à la mode, en passant par le travail, l’association des parents d’élèves, le prochain week-end, le week-end passé, les infos locales, la météo (oui faut bien en parler), la dernière copine de Brad Pitt, la manière de conduire en Italie (oh m’en parlez pas !), pour en arriver à l’épilation définitive – oui oui çà aussi, l’autre jour je commençais à siroter mon caffè normale CHAUD quand une acolyte est arrivée en coup de vent à ma table et m’a asséné « Parlons de l’épilation définitive ! » ; eh bien je vous assure que parler de l’épilation définitive du maillot à 8h30 du matin, c’est, comment dire?, revigorant.

D’accord, ma prima un caffè! ou presque, car il faut nuancer, il y a caffè et caffè : ristretto, espresso ou normale (= très serré français), lungo (= presque un expresso français), americano (long, très long, trop long pour un Italien, normal pour un Français), macchiato, cappuccino (précision pour les néophytes : pas de cappuccino après 11h du matin grand Dieu, Marie-Amélie est réapparue, vous seriez immédiatement catalogué touriste – vous n’auriez pas idée de prendre votre traditionnel café au lait du matin à 14h ! oui ok ça dépend des matins), cappuccino avec lait de soja, , decaffeinato, thé – oui mais avec de l’eau minérale s’il vous plaît, cioccolata, cioccolata con panna, orange pressée, citron pressé – nature, avec de l’eau plate ou de l’eau gazeuse ? etc…

La panoplie. Et ce caffè, on se le prend ?

Pour raison de praticité évidemment, son café vite fait du matin, c’est souvent en bas de chez soi, près de l’école ou près de son lieu de travail. Mais quand on en a la possibilité, on se le choisit bien son café. En la matière, je suis assez classique, on ne change pas une équipe qui gagne.

  • Le 1er que j’ai aimé : Fiorio – via Po 8/c.

Datant de 1780, avec ses salles en enfilade, ses velours rouge bordeaux, ses lustres à pampilles, immuable. Certains diront qu’il est complètement désuet (voire décrépi), moi j’aime la désuétude et toute l’histoire qu’il porte. Et puis stratégiquement il s’agit de choisir sa salle : la première petite salle permet de voir et d’être vu ; la troisième, au fond, spacieuse, permet d’y aller en famille, avec armes enfants, poussettes et autres pièces rapportées ; ma préférée, la seconde, toute en longueur, discrète, permet de ne pas être trop en vue tout en pouvant observer qui va et vient vers la troisième salle ou vers l’étage .

Fiorio
  • Le café en terrasse : Caffè Elena – piazza Vittorio Veneto 5.

Au soleil, avec vue sur la Gran Madre et la place Vittorio Veneto, quasiment vide le matin en semaine ou tôt le week-end.

  • Le café qui vend des livres ou la librairie qui sert des cafés : MOOD – Libri e caffè – via Cesare Battisti 3.

Je ne sais toujours pas.

  • Le mythe, où je ne suis jamais entrée en 20 ans : Baratti e Milano – piazza Castello 27.

1875. Magnifique.

Peut-être un jour y entrerai-je …peut-être, un jour…

(Vous me voyez là, dans le reflet ? Je n’y suis toujours pas entrée)

  • Mon goût de café préferé : Mulassano – piazza Castello 15.

1907. Magnifique également et tout aussi immuable. Tout comme le monsieur à la caisse, que je me souviens avoir toujours vu là (ou il a une bonne crème antirides, ou ils l’ont dupliqué, je ne vois pas d’autre explication).

Un café au goût qui reste sur le palais bien après l’avoir bu. Un café qu’on se jette vite fait au comptoir lors d’une séance shopping le samedi ou qu’on savoure à une table derrière la vitrine, en observant les passants évidemment. Et si vous êtes avec des amis, vous pouvez éventuellement demander gentiment au monsieur d’activer l’horloge à une seule aiguille (celle qui est en haut, à gauche, sur le mur du fond), qui désignera qui paiera le café (celui qui obtient le chiffre le plus haut).

D’ailleurs faudrait que j’y amène les copines, histoire qu’elle me paie un caffè normale, en ce 1er octobre, journée internationale du café.

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